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Heros & Doomsaying
Friday, December 09, 2011
Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, de nombreux doomsayers (prophètes de la fin du monde) annoncèrent l'arrivée de l'apocalypse nucléaire ; l'écrivain de science-fiction, Philip K. DICK, illustra particulièrement ce thème. Au lendemain du choc pétrolier et de la crise qui s'ensuivit, on prophétisa la destruction de la planète et de l'humanité par épuisement des ressources naturelles et pollution généralisée ; là encore un écrivain de science-fiction des plus brillants marqua sa génération dans ce domaine : John BRUNNER.
Aujourd'hui (années 2010) les doomsayings se multiplient et génèrent différentes dystopies :
- l'avènement de l’Ère des Machines, lorsque l'intelligence artificielle chère à Ray KURZWEIL prendra le pas sur l'intelligence biologique ;
- la fin du monde déterministe version "2012", sans fondement rationnel, comme une punition générale de l'Humanité pour son incommensurable bêtise ;
- l'extinction de l'Humanité du fait du réchauffement climatique et d'une planète devenue impropre à la vie humaine...
En même temps que cette pensée catastrophiste, est apparu un intérêt nouveau pour le Moyen-Age. Il s'est matérialisé notamment à travers tout un courant de la littérature du genre "policier", Ken FOLLETT et Raymond KHOURY s'y illustrant particulièrement. Faut-il y voir une convergence -aboutissant un "moment stratégique" au sens de la prospective- avec l'amplification du succès de l'heroic fantasy auprès de la jeunesse occidentale, au point que la fantasy prime désormais sur la science-fiction en termes de nombre d'ouvrages lus (mangas compris) ?
Cette question n'est pas anecdotique, car la réponse pourrait être la suivante.
L'Humanité traverse en ce moment, comme à d'autres moments de son histoire, une période de Transition majeure (Great Transition). Cette période a été perçue (anticipée et expliquée) dès la première moitié du XX° siècle, par Pitirim SOROKIN notamment. Plus cette perception s'étend au commun des mortels et plus s'impose la vision d'un monde volatile, incertain, complexe et ambigu (VUCA) qui effraie nos concitoyens, accentue leur pessimisme et génère ce doomsaying. Simultanément cette confrontation avec la mort possible de l'Humanité correspond à une phase de maturation psychologique (cf. colonne de droite) pour l'humanité adolescente. D'où sans doute cette fascination morbide, actuellement, pour les possibles causes de sa disparition (doom).
En quête de repères, on tend naturellement à recourir aux analogies pour essayer de comprendre, déduire des éléments récurrents, rassurants (pattern recognition). Or le Moyen-Age peut apparaître comme tel, non pas dans sa réalité quotidienne, mais pour cette période de trouble et d'interrogation qu'il a été, une période de Transition elle aussi entre le monde gréco-romain et la Renaissance européenne. D'où, peut-être, cet attrait actuel.
Mais, dans la réassurance que peut nous apporter une connaissance superficielle du Moyen-Age, il y a aussi le rôle joué par la foi et l'ordre. La foi en un Deus ex Machina qui viendrait se substituer à nos efforts pour construire un futur différent, plus soutenable et plus heureux, nous délivrant ainsi de la redoutable responsabilité de l'avenir. L'ordre qui régulerait un univers économique dont le modèle de développement dominant est en train de parvenir à son terme, et qui faciliterait une existence dans laquelle chacun (et chaque chose) serait à sa place (cf. Equilibrium). Un désir d'ordre que l'on retrouve dans l'accroissement des votes nationalistes (droites nationalistes et extrêmes-droites) en Europe.
L'heroic fantasy des jeux vidéos regroupe souvent ces caractéristiques : une société hiérarchisée où chacun a un rôle spécifique (mage, héros, etc.), un recours au surnaturel et au mysticisme, une vision manichéenne du monde où Bien et Mal ne cesse de s'affronter (cf. Constantine) mais où demeure l'illusion (paradoxale) du libre-arbitre.
Le héros de cette fantasy, comme ceux de la MARVEL Comics (X-Men, SpiderMan, Iron Man, etc.), peut être n'importe qui, d'un adolescent boutonneux à la figure emblématique du self-made man américain. Harry Potter, Aragorn ou Skywalker, il incarne l'espoir d'une génération que les crises économiques, le spectre du chômage et le catastrophisme entretenu par les médias semblent vouloir condamner à la sinistrose.
Ce héros est la projection anticipée de cet Homme de demain -transhumain, post-humain, ou durable (sage)- c'est le credo implicite en un monde meilleur, c'est le meilleur antidote que nous ayons aujourd'hui contre le doomsaying.
(Voir https://sites.google.com/site/fgbthinkingcenter/home/doomsaying)
Entering the Era of Dislearning
Tuesday, September 20, 2011
(following the blog-post: "Draw me the World of Tomorrow" March 10, 2011)
Moving from a civilization to a new one demands to dis-learn what has been the comprehensive cultural knowledge of the ending civilization.
This has been done in the European history through the Middle Age to end the Latin Civilization (Greek + Roman) and lay down the basis of the Western civilization. This has been done also, more or less, by the European migrants in the USA --from the pioneering to the Independence War-- when they were transforming themselves into what will be "American".
That we like it or not, we are now crossing the same era, yet in a subtly different way.
Long before the fall of Rome, Latin scholars had anticipated it; just as SOROKIN, CAPRA and other modern intellectuals did about the collapse of the Western civilization. Yet they have not been heard, this is a common point between both eras.
What is different is that our current Middle Age is focusing less on the destruction of the former knowledge than on the creation of a new one through innovation.
Arabic and Irish scholars have been the keepers of the most fundamental Latin knowledge. Transmitting it to us, they allowed us to save centuries of intellectual wandering. For a while, this global treasury even contributed to the longest Western eutopia (Al Andalous). Then the destruction was completed by religious fundamentalism and the Black Death.
Nowadays, the challenge is slightly different: climate change threats, natural resources shortage, limits of the dominant economic model are putting an increasing pressure to force change. Meanwhile a new generation --the Alien Gen-- was born, with new skills that mass education don't know how to cope and develop. What is certain is that ICT will play the same major role than Gutenberg Press. But writing might be replaced by object language, and linguistic accuracy by visualization and vertical knowledge by horizontal knowledge.
Clinging to obsolete knowledge and stubborn refusal of novel perspectives will only delay the exit from this Middle Age.
Apprendre des autres: leçon d'humilité
Monday, June 13, 2011
Il est étrange de voir combien la France s'est isolée dans la contemplation de sa propre splendeur passée. Depuis 24 ans que nous fréquentons la Turquie et ses habitants, en dehors du système touristique, chacun de nos voyages nous a appris quelque chose. Sur nous Français, sur eux Turcs, sur ce que nous avons en commun qui est tellement plus que ce qui nous différencie.
Lors de notre premier voyage, en 1987, ils nous ont appris combien nous étions devenus individualistes en démontrant un sens de l'hospitalité que nous n'avons jamais rencontré ailleurs.
Il y a quelques années (2008), ils nous ont confronté au retard technologique de la France: un retard que nous avions constaté aux USA en 1989, lorsque nous y surfions déjà sur Prodigy alors que le Net n'était pas encore répandu en France; mais il est plus douloureux pour notre ego national de constater que des produits technologiquement avancés sont distribués en Turquie des années avant d'arriver en France (comme à l'époque les disques durs de plusieurs gigaoctets de la taille d'une carte de crédit).
Cette fois-ci notre surprise est venue des autoroutes : pour la première fois, nous n'avons pas vu de caisse ouverte au péage pour le paiement en espèces ou cartes de crédit. Impossible de sortir de l'autoroute sans être équipé d'un système de télépéage ou sans posséder la carte magnétique salvatrice. Celle-ci s'achète dans toutes les stations services et se recharge à volonté. Il suffit de la passer sur un détecteur analogue au passe Navigo du métro parisien, et en trois seconde le péage est franchi. Un gain de temps significatif certes, sur des autoroutes encombrées. Mais surtout des emplois faiblement qualifiés en moins.
Je ne sais pas si la suppression du paiement en espèces a gagné toutes les autoroutes turques, mais cela viendra tôt ou tard. Comme cela arrivera un jour en France. D'ici là saurons-nous nous y préparer et tirer des enseignements des pratiques de nos voisins turcs, avec un peu plus d'humilité qu'aujourd'hui ?
Dialogue relatif à l'éducation
Thursday, April 14, 2011
A l'attention de Madame GOUX BAUDIMENT
Comme je vous l'ai dit à l'issue de votre intervention, j'ai beaucoup apprécié votre exposé clair et pertinent et vous remercie donc à titre personnel pour cela, d'autant plus qu'ayant pris connaissance de votre parcours sur internet, j'y ai appris beaucoup de choses encore.
Si vous revenez dans la région, j'aurai plaisir à vous écouter à nouveau . Puis-je me permettre une petite interrogation sur le dernier point de votre conclusion 'nous n'aimons pas nos enfants nous les gavons'. Car ayant débattu avec des amis avec enthousiasme sur votre prestation, ils ont été un peu gênés par cette fin . Je n'ai pas ressenti la même chose, est-ce impertinent de vous demander s'il y a une connotation personnelle comme ils semblent le penser ?
Je vous réïtère mes remerciements pour ce très bel exposé et vous adresse mes sincères salutations.
Réponse:
Chère Madame
Il n'y a aucune question impertinente, seulement des réponses... ;-)
Par définition, je maintiens une stricte ligne de partage entre le personnel et le professionnel et veille à ce que l'un n'influence pas l'autre et vice versa.
Je regrette d'avoir pu donner cette impression mais suis heureuse que vous me le fassiez remarquer car je veillerai ainsi à être plus explicite.
Ce que j'ai certainement laissé transparaître c'est ma profonde tristesse, en tant qu'être humain, devant ce que j'observe: ce désamour pour nos enfants. En effet, la plupart des parents ne savent plus comment les aimer. Ils pensent qu'en les couvrant de cadeaux, les "gavant" de biens de consommation et de permissivité, ils manifestent ainsi leur amour. Cette situation est particulièrement évidente dans les familles monoparentales ou recomposées. (Personnellement, je suis mariée depuis 26 ans au même homme et j'ai été très vigilante à ne pas "gaver" notre fils qui m'en est reconnaissant aujourd'hui, mais je sais aussi combien il est parfois difficile de ne pas céder aux caprices, au terme d'une longue journée de travail !).
Manque d'amour aussi du reste de la famille : vers qui se tourne aujourd'hui un adolescent qui fugue? vers ses amis, mais pas vers ses grands-parents ou parrain/marraine. Manque d'amour des "maîtres" pour ces enfants : il y a tant d'histoires de profs/instits dévoués qui ont obtenus des résultats spectaculaires que l'on se demande pourquoi il s'agit d'une exception et non de la règle.
Voilà ce que j'ai voulu dire. Que la solution-miracle à l'échec scolaire n'est pas dans les techniques d'enseignement mais dans ce sentiment réel, plein, entier, qu'ignorent les esprits médiocres et que l'on appelle "amour de son prochain" (pour information, je suis agnostique). Le film Les Choristes a suffisamment montré cela. Mais ce que j'essaie encore de faire comprendre c'est que le matérialisme de notre vie remplit chaque instant et laisse un vide immense entre les êtres, en termes de dialogue, de partage (c'est pour cette raison que nous avons banni la télévision de notre domicile jusqu'à la majorité de notre fils; cela nous a permis de créer du dialogue, des jeux, bref une vie "ensemble" et non côte à côte).
Donc, en un mot, non, mon propos ne reflétait pas un vécu personne l; mais mon vécu personnel a toujours été une lutte pour mettre en pratique les conclusions auxquelles je parviens de par mon métier. Sinon, ce ne serait que du vent, n'est-ce pas ?
Je vous remercie très sincèrement d'avoir engagé ce dialogue avec moi.
Robots, enemies or allies?
Thursday, March 24, 2011
The attitude of the humans with robots is probably one of the most exciting anthropological issues.
1. Indeed, it draws its origins from our oldest cultural background: one of our relationship to Nature and the gods (non-natural forces).
The chimera, unlikely assemblage of several animals, is a composite creature (like a robot), whose existence owns nothing to the nature. In the Greco-Roman world, the Chimera is a danger for man (she eat them): the hero must fight and defeat it. From this myth (told already in the Iliad around 800 BC), remains the image of a non-natural being, of demonic essence, which man must oppose to maintain his humanity (courage, universal values, Nature versus occult forces). This chimera appears in the ancient legends of mermaids and the Sphinx. In the Western world, heir to the vision of the Greco-Roman world, the dragon and its late avatars (vampires, werewolves, etc.) will retain this monstrous image. Since Mary SHELLEY's Frankenstein, the robot is a modern representation of the chimera. Even if it can generate compassion, it must be destroyed: this is the message issued for more than a century by major European literature on artificial beings.
All the major myths that have fed the civilization have an essential usefulness. In the organized and reasoned universe of Greco-Roman antiquity, everything has a place. The man's place is in the Nature which, in its wisdom, has created just what we need. What is not natural is the realm of the gods; general term designating all that man is not to know. Either the gods exist and they play with humans; therefore the wisest attitude is to ignore them since they are inevitably more powerful than us. Or they do not exist and evil is only a projection of the human mind; in this case, the supernatural must be chased from our minds because it can only corrupt us, bringing us too far away from the universal values that make our humanity. The myth of the chimera feeds this last conception; this is likely the reason why this myth can be found in almost all religions (e.g. Holy Michel slaying the Dragon).
This powerful allegory persists today in the Western fear of the robot: what if he turned against us, what if he took power? We are no longer here in the realm of science fiction but in postures already taken by scientists like Ray KURZWEIL on the Singularity, announcing that artificial intelligence will take over human intelligence by 2045...
Suffice it to say said how these myths are deeply rooted in our cultural substrate.
In the far East, however, these myths are different. The Asian dragon (Japan, China, and Korea) is a chimera, in the sense that it is a composite creature. But it does not emerge from nothing like in the Mediterranean area: it is the fruit of a slow (3000 years) transformation that allows a very natural animal (a water snake) to become a special being. While it may be dangerous, the Asian dragon is not hostile to humans; on the contrary it often puts his great wisdom to their service. If it flies, it is not with its wings but with the power of his thought. Unlike the European chimera, the Chinese dragon represents the forces of Nature (water, air, and climate), it is not supernatural. Its power is linked to a small sphere that it protects (Pearl in China, orb in Korea, châu in Viet Nam), representing knowledge, humanity and happiness. From there to the conception of robot as the Dragon of modern times, there is only one step, quickly crossed. The robot is also the fruit of a very slow evolution and, as the dragon, it is intended to preserve this Pearl of great price which is our humanity (Appleseed).
2. The Robot, ally or enemy of tomorrow?
How current Western and Eastern cultures perceive the robot will be one of the keys to the world of tomorrow.
The West could limit the spreading of robots to the professional world (industrial manufacture like in Germany, research like in France or support to space, underwater or military activities like in the US), keeping them away from the general public, under a strong security pressure; thus realizing the imaginary scenario of Isaac ASIMOV.
East, meanwhile, would organize a dissemination of the Androids among the population, as support, inter alia, to domestic and social (education, disability assistance) duties or health. The advance of Japanese robotics in this direction already shows a technological superiority leaving today the West far behind.
Would it not be time to adapt our imagination?